Lebohaum


Le voila, le même rêve. Les mêmes souvenirs ressassés tant de fois lorsque ses pensées, gorgées d'alcool, prenaient le dessus.

"Trop jeune ! De plus, tu n'as pas encore fait tes preuves en tant qu'ingénieur pour faire partie des Brises-Tempêtes ! Peut être après cette bataille, si Grimnir te guide."
Il se revoyait pourtant, avec sa barbe déjà de taille honorable, suivant le gros de la troupe alors que son propre cousin, Vugnus, était le second d'Arkon Sans-Répit, chef des Brises-Tempêtes.
Et il revivait encore et toujours cette scène d'Arkon, submergé, tombé dans la neige, et se souvenait des mots prononcés par son cousin, le serment fait aux autres races de l'Ordre.

Du bruit dans l'atelier d'à coté le fit sortir de ses brumes.
"Par la barbe de Grimnir !" grogna t il. "Quel boucan ! A croire que tu déménages, vu le vacarme !"
La torpeur de l'alcool commençant a disparaître, son regard se posa sur ce qui l'entourait. Son atelier lui sembla encore plus délabré et minable que la veille. Et que dire de sa propre carcasse... Il est beau le héros du défilé de Nar'Matan ! A quoi lui servait d'avoir stoppé l'avancé de ces peaux vertes avec ses charges judicieusement placées, alors que sa propre femme et son fils se faisaient brûler dans son foyer... La fureur le submergea un instant, vite remplacé par la solitude et l'abandon. Pourquoi fallait il qu'un nain dé-saoul si vite !

La bruit d'à coté avait cessé. C'était tout aussi anormal. Lebohaum décida enfin d'aller voir ce que manigançait son cousin.
Sortant a l'aire libre, il le trouva, tout équipé, ses affaires regroupées, devant son atelier, l'aire grave.
"Bonjour à toi cher cousin ! Que me vaut ce calme si soudain ?"
Le regardant gravement, Vugnus s'arrêta. Après quelques secondes de réflexion, il se décida à lui parler.
-Te souviens tu du serment prononcé lors de la grande bataille du Haut Col ?"
Il ne servait a rien de répliquer, tout deux connaissaient la réponse.

-Il est temps de faire naître le Serment de la Vengeance. L'occasion se présente enfin. Je part pour Karak-a-Karaz."
Lebohaum se redressa. Toute trace d'alcool s'était soudain évaporée. Il se posta devant son cousin et le regarda dans les yeux.
- Cousin, tu ne partiras alors pas seul. Plus rien ne me retient ici, et j'attendais d'entendre ces mots, je le sais maintenant, depuis trop longtemps. Le temps est donc venu, et la vengeance d'un nain est aussi lourde que le marteau qui la forgea. Ta première recrue se trouve devant toi et partira sur l'heure."


Et ainsi, Lebohaum suivi Vugnus vers la capitale, son destin suivant les pas de son cousin et chef.